Une riche édition ce 19 mai sur les origines de Rennes La Janais dans Ouest
France. Mais si vous avez consciencieusement lu le Ligne Z spécial 50
ans, alors, vous savez déjà tout!

La ville de Reims était également candidate… Citroën optera finalement
pour Chartres-de-Bretagne où l’usine sera mise en service en 1961.
Pourquoi construire une usine en dehors de la région parisienne
?
Au début des années 50, trois importants constructeurs automobiles français
ont concentré leurs usines autour de Paris : Panhard, Renault et Citroën.
Mais cette concentration n’est pas sans poser problème : difficultés de
recrutement, cherté de la main-d’œuvre, coût des installations… Par ailleurs, à
partir de 1955, l’Etat impose qu’il ne soit plus construit de vastes usines en
région parisienne et accorde des avantages financiers importants aux
entreprises qui s’implanteront en province. Le plan d’aménagement et de
modernisation de la Bretagne (1954-1958) s’élève à 200 milliards d’anciens
francs. __ Quelles sont les villes en concurrence ?__
Le projet de Citroën, forcément, aiguise les appétits. Plusieurs villes se
positionnent : Amiens, Châlons-sur-Marne, Reims et… Rennes. La lutte
finale se jouera entre ces deux dernières villes. Le conseil d’administration
de Citroën penche pour la capitale champenoise qui présente les avantages
d’être plus proche de Paris et d’être mieux placée par rapport au reste de
l’Europe. Mais Pierre Bercot, le patron de Citroën, qui a des attaches dans le
Finistère, préfère Rennes.
Quels sont les atouts du bassin rennais ?
Rennes a pour elle la… Barre-Thomas. Cette usine Citroën, ouverte en 1954 à
Rennes, pour produire des roulements à bille et des pièces en caoutchouc, sert
en fait de test pour le constructeur aux chevrons. Et notamment pour évaluer la
qualité de la main-d’œuvre et les difficultés de recrutement. Les dirigeants de
Citroën sont rapidement convaincus. Dans une note, celle-ci juge l’ouvrier
breton « assidu, discipliné au travail et dans certains cas, il se montre
résistant et courageux ». Sans compter qu’en Bretagne, les salaires sont
moindres… __ Quels sont ses handicaps ?__
A cette époque, Rennes les cumule. La Bretagne est alors très éloignée de
Paris. Et ce, d’autant plus que les voies de communication sont mauvaises. En
1955, la liaison Paris-Rennes est la seule grande ligne ferroviaire française
où les trains ne dépassent pas les 100 km/h ! C’est encore en Bretagne que
le coût de l’électricité est le plus élevé. Enfin, une partie du patronat local
redoute l’arrivée de Citroën : ils craignent que leurs ouvriers n’aillent
se faire embaucher dans la nouvelle usine, avec de meilleurs salaires…
Pourquoi Rennes enlève la décision ?
Deux raisons majeures expliquent le choix de Citroën. Au début de l’été
1955, il y a tout d’abord une rencontre décisive entre Pierre Bercot, le patron
de Citroën, qui passe ses vacances à Beg-Meil (près de Concarneau) et René
Pleven, le député costarmoricain, ancien président du Conseil. La rencontre a
lieu au domicile de René Pleven, à Dinan. Il y a enfin la mobilisation du Celib
(comité d’études et de liaison des intérêts bretons) pour convaincre l’Etat de
classer le bassin rennais en « zone critique » : autrement dit, en
zone peu développée. Sans ce classement, point d’aides financières de
l’Etat.
Le Celib rassemble des chefs d’entreprises, des syndicats, des scientifiques
et des élus. Le maire de Rennes d’alors, Henri Fréville, usera de toute son
influence pour que Citroën s’implante dans le bassin rennais. Et ce, d’autant
plus que peu auparavant, la capitale bretonne avait manqué l’implantation d’une
usine Michelin qui finalement ira à Orléans… __ Pourquoi le choix de
Chartres-de-Bretagne ?__
En 1957, Antoine Chatel, alors l’un des plus jeunes maires de France, voit
arriver dans sa commune plusieurs DS transportant des dirigeants de Citroën
venus lui annoncer que sa commune avait été retenue pour accueillir la future
usine. On imagine sa surprise… Le constructeur automobile aurait reçu 3 000
candidatures émanant de zones rurales. Mais Chartres a l’avantage d’offrir 300
ha quasiment plans. Peu de travaux de terrassement sont donc nécessaires. Le
site est en outre situé entre l’axe Rennes-Nantes (RN137) et la voie ferrée
Rennes-Redon. Il est également proche de l’aéroport.
Pierrick BAUDAIS.
Source : « Etude sur l’implantation de Citroën-La
Janais » de Philippe Ramadier, mémoire d’histoire, sous la direction de
Jacqueline Sainclivier, université de Haute-Bretagne.
Voir aussi le dossier spécial de Ouest France sur le sujet.